21 juillet : La Terre sous les océans et les gisements de métaux de demain
     
 

Conférencier :
Thierry Juteau


Professeur à l'Institut Universitaire Européen de la Mer (IUEM, Université de Bretagne Occidentale, Brest).

Diplômes :
Ingénieur-géologue (ENSG de Nancy), Docteur d'État.

Biographie :
Né le 14 février 1940.
- 1994-1999 : Co-organisateur à l'IUEM de Brest, avec le professeur Steve SCOTT, d'un Cours Européen de Métallogénie, principalement axé sur les épôts hydrothermaux océaniques.
- 1992-1999 : Créateur et Directeur de l'École Doctorale des Sciences de la Mer de l'Université de Bretagne Occidentale (UBO) de Brest.
- 1988-1996 : Directeur du DEA de Géosciences Marines de l'UBO.
- 1988-1993 : Directeur du Groupement de Recherche et de l'Unité de Recherche Associée "Genèse et Évolution des Domaines Océaniques". - 1985--- : Professeur de Pétrologie à l'Université de Bretagne Occidentale (Brest).
- 1975-1985 : Professeur de Pétrologie à l'Université Louis Pasteur de Strasbourg.
- 1974 : Thèse d'État sur les ophiolites d'Antalya (Turquie) à Nancy.
- 1962-1975 : Assistant puis maître-assistant à l'École Nationale Supérieure de Géologie de Nancy.

Spécialités :
Structure et pétrologie de la croûte océanique des océans actuels, structure et pétrologie des ophiolites (fragments de lithosphère océanique incorporés dans les chaînes de montagnes) ; principaux chantiers: Turquie, sultanat d'Oman, Iran ; étude du volcanisme sous-marin et des manifestations hydrothermales associées.

Associations :
Membre de la Société Géologique de France et de la Society of Economic Geologists.

Prix :
- 1992 : Lauréat du Prix Viquesnel de la Société Géologique de France (1992).
- 1980 : Lauréat de la Société Américaine pour l'Avancement des Sciences (prix collectif récompensant la découverte de l'activité hydrothermale sur la Dorsale du Pacifique).

Publications :
140 publications scientifiques dans des revues de niveau international à comité de lecture. Articles et ouvrages de vulgarisation scientifique, dont La naissance des océans (Payot & Rivages, 1993, 381 p.).
Auteur avec R. Maury de : Géologie de la croûte océanique - Pétrologie et dynamique endogènes (Dunod, 1999, 2ème éd., 367 p., pour étudiants du 2e cycle et préparation Capes/Agrégation). .

 
 
 

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Le plancher des océans est mobile. De nature basaltique, il est formé en continu au niveau d'une immense chaîne volcanique sous-marine, la dorsale océanique mondiale. Cette gigantesque structure parcourt les océans du globe. Elle totalise plus de 60 000 km de longueur et culmine en moyenne à -2 500 m de profondeur. Le fond des océans s'éloigne symétriquement de cette chaîne à la vitesse moyenne de quelques centimètres par an, pendant que de nouvelles éruptions volcaniques se mettent en place à l'axe de la dorsale. A l'autre bout du "tapis roulant", la vieille croûte océanique refroidie retourne aux profondeurs du manteau au niveau des grandes fosses océaniques en s'engageant dans les zones de subduction.

Comme l'exploration spatiale, l'exploration des grands fonds océaniques est étroitement tributaire des progrès technologiques. Au cours des trois dernières décennies, l'avènement des sondeurs bathymétriques multifaisceaux, des sonars latéraux et des satellites altimétriques a révolutionné la cartographie des fonds océaniques. Par ailleurs, l'emploi combiné des techniques de dragages, des forages océaniques profonds (grâce aux programmes internationaux Deep Sea Drilling Project, puis Ocean Drilling Programme), et des submersibles habités, a permis d'échantillonner et d'étudier "in situ" la géologie des grands fonds. Enfin les méthodes géophysiques (magnétisme, gravimétrie, tomographie sismique et électromagnétique) ont révélé la structure profonde de la croûte et de la lithosphère océaniques.

Rien ne transparaît, à la surface des océans, de l'intense activité volcanique qui règne tout au long de la grande dorsale. Chaque année, à notre insu, des milliers de coulées de lave allument des traînées incandescentes sur les flancs raides de volcans sous-marins à " pillow-lavas ", ou forment de vastes lacs de lave temporaires, à plusieurs kilomètres sous la surface de la mer. L'eau de mer circule à travers les innombrables fissures de la jeune croûte océanique et se réchauffe au contact des réservoirs magmatiques situés sous la dorsale. Chargée d'hydrogène sulfuré et de métaux, elle alimente en remontant d'innombrables geysers sous-marins crachant une eau noire à plus de 300°C. Autour de ces " fumeurs noirs ", des faunes étranges et grouillantes s'agglutinent, luttant pour leur survie dans un environnement précaire et hostile. Découvertes à la fin des années 1970 par des équipes franco-américaines sur la dorsale Est-Pacifique, ces sources hydrothermales ont été observées depuis en de nombreux endroits de la dorsale océanique mondiale, ainsi que dans les bassins arrière-arc et les arcs insulaires. Déposant des sulfures massifs de fer, cuivre et zinc, avec parfois des teneurs non négligeables en or et argent, elles fournissent un superbe modèle métallogénique actuel, susceptible d'expliquer la genèse de nombreux gisements métallifères fossiles d'âges extrêmement variés, appelés " VMS deposits " (Volcanogenic Massive Sulfide deposits).

L'exposé se termine " à pieds secs " dans les montagnes du sultanat d'Oman. L'ophiolite d'Oman, fragment de lithosphère océanique d'âge crétacé supérieur (environ cent millions d'années), expose à l'affleurement, en plein désert, une croûte océanique remarquablement complète, avec son système hydrothermal et ses " fumeurs noirs " fossiles.