07 janvier : La Coévolution
     
 

 

Conférencier :
Claude Combes


Directeur de recherches au Laboratoire de Biologie Moléculaire des Relations Plantes-Microorganismes, au CNRS-INRA.

Diplômes :
Agrégé de Sciences naturelles, Docteur d'Etat.

Bibliographie :

Né le 22 juillet 1935 à Perpignan.

Claude Combes a d'abord été Professeur au lycée Henri IV de Béziers, puis a fait toute sa carrière à l'Université de Perpignan.

Spécialités :
Spécialiste de biologie des Populations d'Helminthes Parasites, de la Lutte Biologique, et des Relations Mollusques-Parasites. S'occupe de l'origine et de l'évolution des parasitoses humaines.

Associations :
Membre correspondant de l'Académie des Sciences, et du Comité National des Universités.

Prix :
- Médaille Skryabin (USSR Academy of Sciences) (1991).
- Prix Scientifique Philip Morris (1990). - Médaille d'argent du CNRS (1986).

Publications :
Claude Combes a publié en collaboration de nombreux articles dans des revues spécialisées (Trends in Ecology and Evolution, Tropical Medicine and Parasitology, American Naturalist, Molecular and Biochemical Parasitology, Evolution, Parasitology Today, etc.), ainsi que des articles dans des revues de vulgarisation scientifique : Médecine/ Sciences, Pour la Science, etc.
Il a publié trois ouvrages : Interactions Durables. Ecologie et évolution du Parasitisme (Masson, 1995), Parasitisme : un équilibre dynamique (Armand Colin, 1998), L'Homme et l'animal (Belin), et a participé à plusieurs ouvrages collectifs.

 
 
 
 
 


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Les virus informatiques sont de plus en plus élaborés. Les anti-virus sont de plus en plus complexes. Telle est l'image moderne que l'on peut donner de la coévolution. La coévolution, c'est le processus sans fin dans lequel deux adversaires construisent sans cesse de nouvelles armes pour ne pas être distancé par "l'autre".

Des exemples typiques de coévolution en biologie se trouvent dans les relations entre les agents pathogènes et leurs hôtes. Les agents pathogènes envahissent les hôtes. Ces derniers, grâce à la sélection naturelle, se dotent de mécanismes de défense (notamment immunitaires). En réponse, la sélection naturelle retient chez les pathogènes des contre-mesures qui contournent l'immunité. A quoi répond une nouvelle étape de sélection chez les hôtes, et ainsi de suite. La coévolution existe aussi dans les systèmes mutualistes, où chacun exploite l'autre. L'illustration la plus belle est celle des orchidées de Madagascar et de leurs papillons pollinisateurs. Les premières ont des tubes nectarifères de 30 cm de longueur et les seconds ont des trompes de 25 cm. L'allongement démesuré des nectaires et des trompes au cours de l'évolution s'explique que par un processus coévolutif qui avait été déjà entrevu par Charles Darwin.

Une question cruciale est celle du rôle de la coévolution dans le phénomène grandiose de l'évolution elle-même. N'est-elle qu'une anecdote, ou au contraire un mécanisme fondamental ? L'hypothèse dite de "la Reine Rouge" propose qu'elle est la base même de l'aventure de la vie. Si l'hypothèse est exacte, l'évolution, … c'est les autres.

Avec l'homme apparaît une forme entièrement nouvelle de coévolution, non plus entre des objets vivants mais entre deux processus. C'est la coévolution culture-génome. Par leurs traditions culturelles, transmises de génération en génération, les hommes influencent de plus en plus fortement les processus de la sélection naturelle. Par exemple, l'invention de l'agriculture, en permettant que se manifestent des inégalités de plus en plus grandes, a bouleversé les notions de hiérarchie entre les humains, et par conséquent la transmission des gènes. Localement, l'infanticide traditionnel modifie l'équilibre des sexes. Et les progrès de la médecine contrarient certainement la sélection des gènes de résistance aux maladies. Quant aux interventions directes sur le génome, elles relègueront les processus naturels au rang d'accessoires obsolètes.

Enfin, terme paradoxal de l'évolution humaine à l'aube du 3ème millénaire, les différentes cultures nées dans des entités géographiques autrefois cloisonnées ont bien plus tendance à se heurter dans un processus "darwinien" d'exclusion compétitive qu'à s'enrichir mutuellement. Si un processus de Reine Rouge s'installait entre elles, elles pourraient survivre en s'enrichissant. Si au contraire la compétition pure et simple l'emporte, une seule culture dominante subsistera.